Guerres de religions – Le sac de Saint-Nazaire-de-Ladarez
Guerres de religions – Le sac de Saint-Nazaire-de-Ladarez

Guerres de religions – Le sac de Saint-Nazaire-de-Ladarez

Le Sac de St Nazaire

                  Au temps des Guerres de Religion par Alain Madalle (Agrégé d’Histoire)

              1569  –  1578

 

La seconde moitié du XVIe siècle fut une période particulièrement difficile pour la France et le peuple Français. Entre 1562 et 1598 catholiques et protestants ne cessèrent de s’affronter dans tout le royaume. Les règnes de Henri II, de Charles IX, de Henri III  et les débuts du règne de Henri IV furent ensanglantés par ces terribles luttes fratricides appelées  «guerres de religion ». Les historiens en décomptent huit entre1562, début de la 1re guerre, et 1598, date de la promulgation par Henri IV de l’Edit de Tolérance appelé aussi Edit de Nantes.

Notre petit village de St Nazaire de Ladarez, malgré son isolement au milieu de ses collines de l’arrière pays biterrois, connut aussi les horreurs de cette guerre civile, entre les années 1568-1569 et 1578-1579, et fut partiellement détruit.

Avant d’évoquer ces années où le village fut mêlé à ce conflit sanglant du pays, il faut rappeler, à grands traits, ce que furent ces Guerres de Religion, leur chronologie et leurs acteurs, tant au niveau des Rois qui se succédèrent sur le trône de France avec des politiques diverses et souvent différentes, qu’au niveau provincial, où les grands Seigneurs prirent parti au gré de leurs intérêts en s’appuyant sur des relais, nobles de moindre importance ou capitaines meneurs d’hommes..

I  – Le contexte historique

La Réforme Protestante.

Appelée tout simplement « la Réforme », cette réforme protestante est née d’une volonté d’un retour aux sources du christianisme  et aussi d’un besoin de considérer la religion et la vie sociale d’une autre manière. Elle reflète l’angoisse des âmes sur la question du «Salut » et dénonce  la corruption du clergé catholique engendrée, notamment, par le commerce des « Indulgences ». L’essor de l’imprimerie permet de faire circuler la Bible en langues vulgaires, et non plus seulement en Latin. On y constate alors que la Bible ne fait référence ni à la Vierge, ni aux Saints, ni au Purgatoire.

C’est Luther, un moine, qui le premier traduisit la Bible en Allemand. Il est l’initiateur de la Réforme, bientôt suivi par Calvin. La réforme s’étend rapidement dans la première moitié du XVIe siècle à toute l’Europe du Nord Ouest et aboutit à une scission entre l’Eglise Catholique et les Eglises Protestantes.

Très vite la Réforme prit un tour politique. C’est un moyen pour les Princes d’affirmer leur indépendance face à une Papauté qui revendique une Théocratie universelle. C’est aussi un moyen pour les Nobles de s’insurger contre leurs Rois ou leurs Suzerains. C’est quelquefois  un moyen pour les populations, surtout les populations urbaines,  de se révolter contre leurs Seigneurs.

En France, l’Eglise Catholique s’oppose à la pénétration de la Réforme et obtient du Roi qu’il agisse pour empêcher sa propagation. Mais  à partir du milieu du siècle, le pouvoir royal, affaibli, suit une politique qui accroit les tensions, faisant tantôt des concessions aux protestants, appelés aussi Réformés ou Huguenots, tantôt les réprimant et les pourchassant . Des Partis, ou Factions, se constituent à côté, ou contre, le pouvoir et les armées royales, c’est le cas de la Ligue, ultra catholique menée par le Duc de Guise, ou encore des Malcontents, menés par un Prince de sang royal, le Duc d’Alençon, frère du Roi.

Les Rois, Charles IX, puis Henri III, meurent sans descendance mâle. La perspective d’un prétendant Huguenot au trône de France, Henri de Bourbon, avive encore les passions.

C’est ainsi que de 1562 à 1598, huit Guerres de Religion, huit guerres civiles, ensanglanteront le pays. 

Les Rois de France et la Réforme

Règne de François Ier (1515 – 1547).

Le protestantisme se propage rapidement dans tout le royaume. Le Languedoc est rapidement atteint. On trouve même, en 1523 dans notre petit village de  St Nazaire, au fin fond du Bas Languedoc, le prieur  Guillaume Cauet (ou Canet) soupçonné d’hérésie ! Un jugement du Parlement de Toulouse le rétablit toutefois dans son prieuré. Le pouvoir royal, appuyé par les Parlements provinciaux, s’emploie par la répression à arrêter la diffusion de l’hérésie. Des bûchers où l’on brule les hérétiques sont allumés ici ou là.

Règne de Henri II (1547 – 1559).

Le développement du protestantisme est considérable. Dans de nombreuses villes les églises sont occupées par les Réformés, parfois saccagées ou détruites.  Fervent catholique, Henri II déclenche une terrible répression d’autant plus forte que des Nobles rejoignent le parti protestant, notamment le Prince de Condé, grand seigneur de la maison des Bourbons descendants de St Louis,oncle du futur Henri IV. Tandis que les protestants s’organisent en « église » avec des pasteurs pour les diriger, des édits royaux accroissent les pouvoirs des tribunaux religieux, avec bien évidemment des juges catholiques, pour condamner les hérétiques. En 1557 ce sont les tribunaux civils, sénéchaussées ou Parlement, qui peuvent poursuivre les réformés mais aussi les catholiques qui les aideraient ou les cacheraient.

En Juin 1559, Henri II promulgue l’édit d’Ecouen. Il stipule que tous les protestants révoltés ou en fuite doivent être abattus sans procès !

 Cet acte révolte le Parlement de Paris, dont certains membres sont proches de la Réforme. Le Roi se rend en personne au Parlement pour faire enregistrer l’édit. Certains parlementaires protestent et sont immédiatement « embastillés ». Mais le Roi meurt accidentellement le 30 Juin.

Les parlementaires embastillés se rétracteront quelques temps  plus tard sauf Anne de Bourg, fervent huguenot, qui sera pendu en place de Grève le 23 Décembre 1559.

Henri II et son épouse, Catherine de Médicis, eurent dix enfants, quatre garçons dont trois règneront ( François II – Charles IX – Henri III) et 6 filles dont Marguerite de Valois, première épouse du futur Henri IV.

Règne de François II (1559 – 1560)

Né en 1544, le jeune Roi laisse le pouvoir au Duc de  Guise, oncle de sa catholique épouse Marie Stuart, reine d’Ecosse.

Catholiques, partisans de la répression de l’hérésie, les Guise, le Duc et son frère le Cardinal de Lorraine, font appliquer l’édit d’Ecouen avec rigueur. Les graines des guerres de religion sont ainsi semées. La mort du Roi en juillet 1560 amène sur le trône, son jeune frère, Charles IX, seulement âgé de 10 ans. C’est la Reine Mère Catherine de Médicis qui va exercer la Régence du royaume.

Règne de Charles IX (1560 – 1574)

La régente Catherine de Médicis est favorable à une politique d’apaisement. Soutenue par le Chancelier Michel de l’Hôpital, cette politique appuyée sur des concessions accordées aux Réformés va se heurter à l’hostilité des deux camps. Le pouvoir royal est contesté  tant par les Réformés qui s’organisent pour exercer leur culte et pour se défendre militairement que par les Catholiques  qui s’organisent autour de la Ligue, aux ordres des Guise.

En Janvier 1562, Charles IX publie l’édit de Tolérance qui permet à chaque camp de posséder des milices. Paradoxalement cet édit  d’apaisement va déclencher la guerre civile.

Ainsi de 1562 à 1574, vont se succéder 4 guerres de religion. Chacune est invariablement déclenchée par un massacre de protestants, ou de catholiques, suivi de combats féroces et d’exactions atroces et terminée par un édit royal, dit «  de pacification ».

Charles IX meurt en 1574 sans descendance mâle.

Règne de Henri III (1574 -1589)

Henri n’est pas destiné à régner. Catherine de Médicis l’oriente vers le métier militaire où il s’illustrera notamment à la bataille de Jarnac, qu’il remporte en mars 1569, puis à celle de Moncontour.

La politique du nouveau  Roi oscille entre concessions aux protestants et répression. De plus les relations avec les pays voisins, principalement  l’Espagne de Philippe II,  très catholique, et l’Angleterre d’Elizabeth I, anglicane, introduisent de nouveaux germes de conflit. S’ensuivent  quatre  nouvelles guerres civiles qui ensanglantent encore le pays.

En juin 1584,  la mort du duc d’Alençon, héritier potentiel comme frère de Henri III qui n’a qu’une fille, laisse le trône de France sans prétendant mâle issu de la dynastie des Valois. L’héritier du trône, en vertu de la loi salique, est désormais Henri de Navarre, chef du parti protestant.

Lorsqu’en 1589, Henri III est assassiné par un moine « ligueur » et meurt sans héritier mâle. Le conflit redouble de violence.

Règne de Henri IV (1589 – 1610)

Sur son lit de mort Henri III a reconnu Le Roi de Navarre comme  l’héritier du royaume de France, mais les catholiques regroupés autour de la « Ligue » refusent de reconnaitre ce Roi huguenot. Le Roi doit conquérir son royaume…

Henri de Navarre, né en 1553, est le fils de Jeanne d’Albret, reine de Navarre, et d’Antoine de Bourbon, descendant de Louis IX  (St Louis). Baptisé dans la religion catholique, il devient protestant lorsqu’il vient vivre auprès de sa mère la Reine de Navarre. En Juin 1572, sa mère étant décédée, Henri devient Roi de Navarre. Le 18 août 1872, toujours Protestant, Henri épouse Marguerite de Valois, sœur catholique du Roi Charles IX, et quelques jours plus tard, après la St Barthélémy (où il a été épargné), il redevient catholique.

En 1576 devenu chef du parti protestant, Henri abjure le catholicisme et est excommunié par le Pape. Après la mort du duc d’Alençon en 1584 il se rapproche de son cousin Henri III, qui après s’être débarrassé du Duc de Guise, le reconnait finalement comme son héritier.

Ces péripéties confessionnelles d’Henri de Navarre accompagnent les guerres civiles auxquelles viennent se mêler l’Espagne et la Savoie du côté catholique et l’Angleterre et des Princes protestants des Pays Bas et d’Allemagne du côté protestant.

 Après 1589, Henri IV doit conquérir militairement son royaume. En 1593, après avoir échoué à reprendre Paris par les armes, Henri IV abjure solennellement en la cathédrale St Denis, près de Paris. « Paris vaut bien une messe » aurait dit Henri IV, phrase qui même s’il ne l’a pas prononcée  résume bien la pensée royale plus pragmatique que spirituelle. En 1594 le Roi est sacré à Chartres, Reims étant encore aux mains des Ligueurs.

 En fin politique, Henri IV va mettre un terme à trente années de guerre civile en promulguant  en avril 1598 l’édit de tolérance ou édit de Nantes

La lassitude des belligérants, le ralliement au Roi de nombreux catholiques et l’état des finances des deux camps  font que l’édit de Nantes est accepté par tous

Les huit guerres de religion

1e guerre : 1562 – 1563

    Déclenchée par le massacre de Wassy, 1er mars 1562

    Terminée par l’Edit d’Amboise.  Mars 1563

2e guerre : 1567 – 1568

    « Surprise »  de Meaux. A Nîmes « Michelade », massacre de catholiques à la fête de St Michel (Septembre  1567).

    Terminée par Edit de Longjumeau. Mars 1568 

3e guerre : 1568 – 1570

  En août 1568, le Prince de Condé, chef des Protestants, publie un manifeste contre la politique royale. La guerre reprend. Bataille de Jarnac et victoire catholique¸ Mars 1569

  Terminée par Edit de St Germain. Août 1570

4e guerre :  1572 – 1573

  Massacre des chefs protestants lors de la nuit de la St Barthélémy ( 24 août 1572)

  Terminée par Edit de Boulogne. Juillet 1573

5e guerre :  1574 – 1576

    Mort de Charles IX et Régence de Catherine de Médicis. Mai 1574

    Terminée par Edit de Beaulieu. Paix de Monsieur. Mai 1576

6e guerre :  1576 – 1577

    Reprise du conflit après la constitution de La Ligue (catholique) et les Etats Généraux de Blois. Décembre 1576

    Terminée par Edit de Poitiers. Paix de Bergerac. Octobre 1577

7e guerre : 1579 – 1580

    Novembre 1579.Reprise des hostilités après le refus Protestant de rendre certaines places de sûreté.

    Terminée par le Traité de Flers. Novembre 1580  

8e guerre : 1585 – 1598

    La plus longue. Suite à la mort du Duc d’Alençon (1584), frère et héritier du roi Henri III, la couronne reviendra à Henri de Navarre, protestant. La Ligue des catholiques « ultras », n’accepte pas.

    En 1589 Henri de Navarre devient Roi sous le nom de Henri IV, qui se convertira quelques temps plus tard au catholicisme .

    Terminée par Edit de Nantes. Avril 1598                                                                                                                     

II  – Le Languedoc  pendant les guerres de Religion

 

Le Languedoc du XVIe siècle était une vaste province qui correspondrait à peu près à la région Occitanie actuelle, moins le Roussillon au sud, encore espagnol, et plus le Vivarais au nord-est. Toulouse, Montpellier, Nîmes en étaient les principales villes.

Depuis le milieu du XIIIe siècle et l’éradication de l’hérésie cathare après la Croisade contre les 

Albigeois, le Languedoc  était devenu, par le Traité de Corbeil (1258), une province appartenant au 

Roi de France. Ce dernier y était représenté  par un Gouverneur. Mais le Languedoc  était aussi un  « pays d’Etats ».

Les Etats de Languedoc où siégeaient des représentants du Clergé, de la Noblesse et du Tiers Etat étaient présidés par l’Archevêque de Narbonne. Ils  s’occupaient de l’administration de la province et de la levée des impôts. 

Géographie de la réforme en Languedoc au milieu du XVIe 

Au milieu du XVIe siècle la Réforme avait largement pénétré en Languedoc. On peut  assez sommairement  dessiner  les contours religieux de la province. 

 Les catholiques étaient les maîtres incontestés du Toulousain et de la vallée de l’Aude, avec pour pilier l’Archevêché de Narbonne. 

Les protestants, appelés aussi Huguenots, étaient implantés en deux groupes. Le plus important à l’Est s’étendait de Béziers au Rhône et aux montagnes cévenoles. L’autre correspondait aux communautés protestantes de la région Castraise et à l’Albigeois. Ces deux groupes étaient séparés par le Rouergue, le Biterrois et le diocèse de St Pons. 

Dans ces dernières zones, la Réforme a pris position mais ces pays sont solidement tenus par les catholiques. Pourtant ces contrées, principalement le Nord Biterrois et le Lodévois, sont cruciales pour les Huguenots. Elles doivent permettre aux Huguenots de la « montagne » (la région Castraise) de tendre la main aux Réformés du « bas pays » (la plaine languedocienne). 

Dès 1562 et les premières guerres, ce Nord Biterrois, où se situe St Nazaire, fut bien évidemment le théâtre  d’affrontements sanglants, mais le paroxysme des violences fut atteint plus tard. D’abord en 1569 puis au temps de la 6e guerre, sous Henri III,  entre 1576 et 1578.  Les armées royales aux ordres du Duc de Montmorency, Maréchal de Damville, gouverneur du Languedoc, y livrèrent de nombreux combats tantôt aux troupes protestantes, tantôt aux Catholiques « ultra », enrôlés sous la bannière de la Ligue.

Hommes de guerre : grands seigneurs et capitaines.

Il n’est jamais facile de suivre le parcours des hommes qui s’illustrent au cours des guerres à la tête des armées. C’est encore plus difficile dans une longue guerre civile tant les intérêts personnels  peuvent changer au fil des ans. 

Les hommes de ce temps qui furent les responsables et les chefs militaires n’échappent pas à cette règle. D’une année à l’autre les convictions religieuses des uns et des autres peuvent varier au gré des circonstances, de la politique royale ou de leurs intérêts propres, et de ce fait on les voit quelquefois changer de camp et passer allègrement d’un parti à l’autre, ce qui peut dérouter  l’historien.

Parmi ceux qui guerroyèrent dans le Biterrois, il y eut quelques grands Seigneurs et quelques Capitaines dont les exploits frappèrent leurs contemporains.

Les grands seigneurs languedociens, chefs de guerre.

Henri Ier de Montmorency, né en 1534, maréchal de Damville (c’est sous ce nom que les chroniqueurs de l’époque et les historiens du Languedoc le désignent généralement) domine par son poste, son action et sa personnalité toute la période. Il est le 2e fils du connétable Anne de Montmorency. 

Catholique, proche des Guise et favorable à l’Espagne, il est en 1563 nommé gouverneur du Languedoc. Il est à la tête des armées royales et participe aux divers conflits du Languedoc. II réside habituellement à Pézenas, au plus près des Etats de Languedoc, qui tiennent généralement session en cette ville. En 1572, après la St Barthélémy, il se rapproche des protestants et en 1574, il fait alliance avec eux.

En 1576, il rejoint le parti du Roi Henri III et fait la guerre aux protestants. En 1579, à la mort de son frère aîné il prend le titre de duc de Montmorency.

Après 1584, il devient le chef des « Politiques ». On appelle ainsi les catholiques qui se rapprochent  d’ Henri de Navarre. Reconnaissant  Henri  de Navarre devenu Henri IV, le nomme en 1593 connétable de France et en fait un de ses conseillers. Il vivra désormais à la Cour mais c’est à Agde qu’il meurt en 1614.

Jacques II de Crussol, né en 1540, seigneur de Beaudiné, puis d’Assier, duc d’Uzés , protestant , combat en Languedoc puis en Poitou sous les ordres de Condé et de Coligny. Lors de la St Barthélémy, au cours de laquelle périt son jeune frère Galiot, il est sauvé par le duc de Guise qui le cache en son hôtel.

En 1574, devenu catholique, lors de la 4e guerre, il combat à la tête de l’armée royale avec le titre de Lieutenant du Roi en Languedoc. Il y affronte les huguenots et les catholiques commandés par Damville.

En 1578, Jacques, duc d’Uzés, voit son duché élevé à la paierie. Il devient pair de France. Il meurt en 1586.

Guillaume de Joyeuse, né en 1520. Fervent catholique (il fut un temps évêque d’Alet(Aude), évêché qu’il délaisse, n’ayant pas prononcé ses vœux, à la mort de son frère aîné), il combat les huguenots en Languedoc dont il est Lieutenant Général et s’oppose souvent à son gouverneur Anne de Montmorency-Damville. Henri III le nomme Maréchal de France. Il meurt en 1591.

 Anne de Joyeuse, né en 1560 à Couiza (Aude), fils de Guillaume, catholique. Il accompagne son père en 1577 et combat les huguenots en Languedoc. Il est un des « Mignons» de Henri III et à ce titre bénéficie des faveurs royales. Il est le chef des catholiques intransigeants, regroupés en France dans la Ligue, souvent adversaire de Damville. En 1581, il épouse Marguerite de Savoie, demi-sœur de la Reine de France. Le vicomte de Joyeuse devient duc et pair de France. En 1582 il est nommé Amiral de France. Il combat en Poitou où il remporte une victoire, mais le Roi lui reproche d’y avoir fait massacrer  800 huguenots. Pour obtenir le pardon du Roi, il repart alors en campagne contre Henri de Navarre qu’il affronte à Contras en Gironde. Battu, il se constitue prisonnier mais, reconnu,  il est abattu d’un coup de pistolet en 1586.

Dans le Nord-Biterrois, les « Seigneurs » de guerre

Du côté des protestants

Les deux  principaux, que nous retrouvons  à la tête des Huguenots, sont Claude de Narbonne, seigneur de Faugères et de Lunas, et le Capitaine Bacon, originaire de Pierrerue. 

Claude de Narbonne est le fils de Jean de Narbonne et de Béatrice de Faugères. Il devient baron de Faugères et de Lunas, à la mort de son père en 1534. En 1544, il épouse Marguerite de Gep de Fos, huguenote, fille du Seigneur de Roquessels. Est-ce à ce moment là que Claude devient protestant ? On ne sait, mais sa mère Béatrice est, elle, catholique et le reste après son remariage avec Jean de Clermont. De ce fait les relations seront plus que tendues entre Claude et sa mère, et le resteront jusqu’à la mort de Claude (dont les contemporains imputeront une part de responsabilité à Béatrice).

Claude de Narbonne est le seigneur et le protecteur de Faugères, à majorité protestante, et de Lunas, catholique. Il est aussi le protecteur des protestants de Bédarieux. 

Le Capitaine Pierre Bacon (Bacou en Occitan) est d’origine modeste. Son père, Jean, est maître forgeron à Pierrerue, petit village proche de St Chinian, et exerce les fonctions de Bailli pour le Roi. Ses fils, Pierre, le futur capitaine, et Bernard, apparaissent entre 1555 et 1568 dans le commerce des laines. C’est en 1573 que le nom du Capitaine Bacon apparait pour la première fois. A la tête d’une troupe de protestants il s’empare de Villeneuve de Berg dans le Vivarais. L’année suivante il s’empare du château de Pierrerue d’où il va lancer des attaques sur les localités des environs.

Claude de Narbonne et Bacon ont, l’un comme l’autre, embrassé la cause de la Réforme et, guerroyé dans la région. On ne sait s’ils ont agi de concert ou si chacun s’est volontairement  cantonné dans son secteur, mais ils se connaissaient puisqu’en une occasion (en 1575) Claude de Narbonne vint au secours du capitaine Bacon, assiégé dans Pierrerue.

Du côté des Catholiques,

Ceux qui combattent à la tête des Catholiques et, la plupart du temps pour le Roi, sont principalement François de la Jugie, Baron de Rieux, gouverneur de Narbonne, Jean de Lauzières, Seigneur de Ceyras, gouverneur de Béziers et Olivier de Thézan, Baron du Poujol et de Mourcairol

François de la Jugie, appartient à une grande famille installée dans le Minervois, dont un ancêtre fut archevêque de Narbonne. Outre Rieux (aujourd’hui Rieux Minervois), ses possessions recouvrent une bonne partie du diocèse de St Pons, notamment Ferrals et La Livinière. Très jeune il est Page du Roi et  commence sa carrière militaire dans la guerre du Piémont (1557- 1559) où il est gravement blessé. Dès les débuts de la 1ere guerre de religion, le Baron de Rieux combat les Protestants. En 1565, le Roi Charles IX, lors de son séjour en Languedoc, le nomme Gouverneur de Narbonne.

Après 1572, le Baron de Rieux se range aux côtés de Damville qui tente un rapprochement avec les Protestants et il combat les Ligueurs de Joyeuse. Après l’assassinat de Henri III , le Baron de Rieux se rallie à Henri de Navarre, qui en récompense le nomme Lieutenant général des Pays et Armées d’Auvergne. Il meurt en 1596 et est enterré à Rieux.

Jean de Lauzières, seigneur de Ceyras (près Clermont l’Hérault), capitaine d’une compagnie de gendarmes, fut Gouverneur de Béziers dans les années 1560. Il participe à la tête des Catholiques aux combats des premières guerres et s’oppose  à Claude de Narbonne qui l’oblige à lever le siège de Faugères en 1568.

Olivier de Thézan, baron du Poujol, de Boussagues et de Mercairol (ou Mourcairol, limitrophe au Nord-Est de la commune de St Nazaire. Mourcairol fut rattaché à la commune des Aires au XIXe)  appartient à la vieille famille des Thézan-Poujol. Il est le fils  d’Antoine de Thézan et de Marquise de Combret. Vers 1560 Il a succédé à son frère ainé Raymond, mort sans descendance. Sous les ordres de Montmorency –Damville, il participe à la tête des troupes catholiques à tous les combats qui se déroulent dans le Nord Biterrois. C’est lui qui reprend St Nazaire en 1578. En récompense de ses services, il est nommé gouverneur de Mende et du Gévaudan. Son fils Raymond lui, succédera aux alentours de 1600. 

Au fil des évènements de1562 à 1578, dans le Biterrois

Claude de Narbonne, Baron de Faugères, joue un rôle majeur dans la région. 

En 1562, lors de la première  guerre, Claude participe avec Crussol – Beaudiné au sac des églises de Béziers. Il prête main forte aux protestants Biterrois, qui essaient de s’emparer de la ville, pour prendre des localités voisines, Servian, Magalas, Lespignan. C’est une guerre de partisans ; Béziers résiste mais les villages des alentours sont pris et repris plusieurs fois.

Claude de Faugères  conduit à Crussol – Beaudiné des renforts venus de la région castraise, en vain puisque Joyeuse bat Crussol – Beaudiné à Pézenas (mai 1562). 

Tandis que Claude de Narbonne est à Béziers, le Baron du Poujol reprend l’abbaye de Villemagne (Villemagne l’Argentière, près d’Hérépian ) et s’empare de Bédarieux. 

Les combats cessent après l’édit d’Amboise qui met fin à la première guerre. Le rôle de Claude y a été relativement modeste.

Après 1563, malgré l’édit d’Amboise,  « émotions «  et « surprises », comme l’on disait alors, agitent la plupart des villages du Biterrois.

En 1568 , profitant de l’absence de Claude de Narbonne, parti avec sa troupe de 300 archers porter secours à Montauban, le catholique Sarlabous s’empare du château de Faugères. Claude ne peut en déloger son neveu qui, avec le soutien des catholiques, s’est emparé de l’abbaye de Villemagne et de Faugères.  Derechef, Claude se déclare catholique ce qui surprend et trouble ses « amis » protestants. Mais cette volte face lui vaut l’appui du Baron de Rieux grâce auquel il reprend Faugères où le Baron de Rieux installe une garnison.

Au printemps 1569, Claude, redevenu protestant, expulse la garnison installée par Rieux et reprend le contrôle de son château.

Juillet 1569, le Seigneur de Ceyras vient assiéger le château de Faugères. Claude appelle au secours les Protestants de Castres, qui arrivent en août. Ceyras doit lever le siège. 

Claude reçoit d’autres renforts venus des Cévennes et du Rouergue, reprend Bédarieux et marche sur Béziers. Mais c’est l’échec devant Béziers bien défendu par le Seigneur de Ceyras. Toutefois les villages du Nord Biterrois, parmi lesquels St Nazaire de Ladarez, tombent aux mains de Claude et des Protestants.

En 1573, apparition du Capitaine Bacon.

 Après le massacre de la St Barthélémy (août 1572) les hostilités reprennent. A Béziers, François de Plantavit, Seigneur de Perdiguer (près de Maraussan), réunit une troupe de 200 catholiques et protège les protestants de la ville, menacés d’extermination. François de Plantavit est le frère du Seigneur de Margon et de St Nazaire, Gabriel Ier de Plantavit.

Mars 1573. Bacon se saisit de Villeneuve de Berg, en Vivarais , puis  se dirige vers Pierrerue, son village natal, où il s’empare du château (1574), et commence à lancer des attaques vers les villages voisins.

Juillet 1575, Claude de Narbonne s’empare de Lodève par surprise. La ville subit alors le sort des villes prises d’assaut. Les lois de la guerre et les mœurs étaient rudes. Livrée au pillage, Lodève est saccagée, un énorme  butin (on parle de 100.000 écus…) emporté, 400 habitants tués, et surtout ce qui impressionna beaucoup les contemporains et fit la renommée de Claude de Faugères, on s’en prend à la dépouille de St Fulcrand « ancien évêque vénéré des Lodévois ». Le corps du Saint fut enlevé de sa châsse  et trainé avec des cordes par les rues de la ville… et la tête fut le jouet du Baron et de ses soldats. 

Septembre 1575, le Baron de Rieux va faire le siège du château de Pierrerue pour en déloger Bacon  qui appelle à son secours Claude de Narbonne. Le Baron de Rieux n’insiste pas et lève le siège.

  Claude de Narbonne est le maître incontesté du Nord Biterrois, en 1575-1576..

  1. Bacon multiplie les courses et les pillages sur les villages voisins de Pierrerue. Cessenon, St Chinian, Thézan sont pris et repris. Les abbayes de Foncaude et de St Chinian sont pillées.

Février 1577. Le Duc de Montmorency, Maréchal de Damville , se trouve à Béziers pour régler le conflit entre catholiques et protestants. Claude de Narbonne, avec 400 hommes, se tient à Laurens prêt à intervenir. En Mai, le Maréchal de Bellegarde pour le compte de Damville reprend Thézan à Bacon qui se retire avec les honneurs et va s’installer à Cessenon où Damville l’oblige à capituler.  En Juin  Damville va mettre le siège devant Laurens, place avancée du Baron de Faugères , et en chemin s’empare certainement de St Nazaire.

 Devant  la résistance de Claude de Narbonne, Damville lève le siège de Laurens et se dirige, avec le Baron de Rieux, vers Montpellier dont il va faire le siège.

Fin Février 1578, Claude de Narbonne  est en son château de Lunas avec une trentaine d’hommes dont  le capitaine  Noguiers. Une nuit ils sont surpris par les catholiques et Claude est tué dans son lit. Les historiens Dom Devic et Dom Vaissette, moines catholiques, auteurs de l’Histoire du Languedoc , écrivent, tout en commettant une erreur sur le lieu du drame, avec la jubilation qu’on devine : «  le baron de Faugères fut meurtri (tué) à Faugères dans son château par les catholiques et sa tête apportée à Lodève où l’on s’en joua dans les rues comme, à la prise (de Lodève),  il l’avait fait de celle de St Fulcrand » !

Cette triste fin du Baron de Faugères  a ému les contemporains et surtout ses amis protestants. Ces derniers y ont vu la main, et la trahison, de sa mère Béatrice « Madame de Faugères la vieille », « une sale putain » comme la traitent certains chroniqueurs protestants. Ce qui n’est pas impossible puisque outre le fait que Béatrice soit restée catholique un conflit d’intérêt l’opposait à son fils. Béatrice possédait en effet la moitié de la seigneurie de Lunas qu’elle avait donnée à sa fille (née d’un second mariage après la mort de Jean de Narbonne) et à son gendre Etienne de Caylus , Seigneur de Colombières. Aussitôt après la mort de Claude, Béatrice et Etienne s’emparent  de Lunas qu’ils ne rendront qu’en 1585.

Juin 1578, Bacon ré- installé à Cessenon, prend Thézan, puis St Chinian. Certains auteurs lui attribuent aussi la prise de St Nazaire (nous allons voir ci-dessous ce qu’il en est). 

Toutefois, en Juin, St Nazaire est pris par les Huguenots, chassés ensuite par Olivier de Thézan, Baron du Poujol.

Catherine de Médicis, mère de Henri III, à Béziers en Mai 1579

Catherine de Médicis, pour le compte du Roi, négocie avec les Protestants. En Février 1579 elle signe avec eux la Paix de Nérac. En Mai elle est à Béziers, où elle a fait placer son cousin Thomas de Bonsi comme évêque, et obtient de Bacon le retrait des troupes protestantes. Bacon rend à Catherine de Médicis les villages de Thézan, St Chinian, La Bastide.

Les derniers exploits de Bacon

En Février 1582, Bacon reprend ses courses et s’empare du village fortifié de Minerve, fief du baron de Rieux. Damville et Rieux y  mettent le siège en Juillet. Bacon se rend en Octobre. A la fin de l’année il perd le château de Pierrerue.

Bacon change alors  de camp et passe  sous les ordres de Montmorency-Damville. On le signale dans le Narbonnais. Il prend la ville de Bram près de Carcassonne. Il se fait appeler Seigneur de Brassac, village situé sur l’Agout.

En 1585, pour le compte de Montmorency, Bacon ravage l’Albigeois

Le 14 Février 1586, Le comte Montgomery, gouverneur protestant de Castres, nommé par Henri de Navarre, futur Henri IV, fait arrêter Bacon dans son château de Brassac. Il est tué d’un coup de marteau( !) et son corps jeté dans l’Agout.

III. Le saccage de St Nazaire de Ladarez. 

 

Le village au XVIe siècle 

St Nazaire était à l’écart des grandes routes du Biterrois. Bien qu’il y eut des chemins  vers les villages voisins, notamment Le Poujol au Nord, Laurens et Bédarieux à l’Est, Roquebrun et Cessenon à l’Ouest, Causses et, plus loin  Béziers, au Sud, aucune de ces voies n’était comparable à celle qui joignait le Biterrois à la région Castraise et empruntait le col de Pétafy. Ce col était essentiel pour les communications, et donc pour le passage des troupes, entre la région Castraise et le Bas Languedoc . Le tenir était stratégiquement important. St Nazaire était, est toujours, à l’écart de cette voie. Pourtant le village n’a pas échappé à la folie guerrière, destructrice et meurtrière de ces temps  

Fig.1

Les maisons de St Nazaire étaient groupées autour d’un vaste Château dont la construction remontait  pour les parties les plus anciennes aux XIe – XIIe siècles et enserrées dans des remparts qui les entouraient de tous côtés. Trois portes s’ouvraient dans ces remparts. Une était à l’Est au franchissement du ruisseau du Crouzet , l’on en ignore la forme puisque au début du XIXe siècle, avant l’établissement du plan cadastral de 1838, elle fut démolie. Deux autres étaient à l’Ouest au franchissement du ruisseau de la Vernède, leur forme ogivale a été conservée lors de la reconstruction de ce secteur.

Le Seigneur du village était Gabriel de Plantavit, seigneur également de Margon, et connu sous le nom de Mr de Margon. Cette famille des Plantavit, bien que catholique, semble avoir entretenu de bons rapports avec les Protestants, comme en témoigne l’épisode de Béziers. En effet, au mois d’Août  1572, après le massacre de la St Barthélémy, le gouverneur de Béziers (comme dans bien d’autres villes) reçut l’ordre royal d’exterminer les Protestants. François de Plantavit, Seigneur de Perdiguer, frère de Gabriel, réunit une bande de 200 Catholiques, bien déterminés à empêcher pareil massacre, et fit avertir les Protestants de son aide éventuelle. Devant cette menace, le Gouverneur de Béziers n’exécuta pas l’ordre royal.

 

Des destructions importantes frappent le village entre 1569 et 1578.

  Le rempart Ouest, le long du ruisseau, a été détruit en quasi totalité.   

Lorsqu’on fait le tour du vieux village de St Nazaire, on est frappé par l’existence de remparts, servant de support aux maisons. Ces remparts existent encore d’une façon continue du Sud à l’Est et au Nord.  Par contre, le long du ruisseau de la Vernède, à l’Ouest, ce rempart disparait. Il a été détruit sur toute sa longueur. Un fragment de ce rempart, bien visible, subsiste dans la partie amont du ruisseau, fragment absolument identique aux remparts qu’on observe à l’Est et au Sud. On peut aussi distinguer quelques, rares, vestiges de ces remparts au bas de deux maisons reconstruites au Sud-Ouest. Il existe, peut être, d’autres fragments  dans d’autres maisons reconstruites…

Dans la partie Nord -Ouest du village,  la construction du Pont Neuf à la fin du XIXe siècle  et l’aménagement du secteur ont bouleversé les lieux et fait disparaître tout vestige antérieur.

 Pour le reste, la destruction résulte des méfaits de la guerre.

 

La partie la plus ancienne du Château a été détruite.

En 1182, le Pape Lucius III octroie à l’abbaye de St Chinian une tour de St Nazaire et précise : « La Tour qui est avant la porte du château de St Nazaire de Lerades… ». Cette Tour est l’actuel Clocher du village, conservée  et restaurée. 

Ce texte nous indique clairement que toute cette zone, très bouleversée et en partie détruite, appartenait au Château le plus ancien.  L’ancienneté est attestée par la présence, dans la maçonnerie d’un  des murs, de traces de construction en opus spicatum, technique utilisée à l’époque pré-romane et  parfois plus tardivement.

Sur les côtés et en arrière de la Tour-clocher, ces bâtiments  ont été très tôt privatisés, comme en témoigne le plan cadastral de 1838. Mais certains conservent encore des vestiges de murs construits dans le même appareil que les autres parties du Château.

 

Par contre l’utilisation à d’autres fins de cette partie, de même que l’absence d’éléments matériels évidents, empêche de voir clairement quelles sont les causes de la destruction.

 

L’aile Ouest du Château a été attaquée, détruite ou endommagée.   

Rue de la Garenque

En observant, depuis la rue de la Garenque, la façade d’un immeuble qui était à l’origine une partie de l’aile Ouest du Château on remarque que cette façade présente un décroché assez significatif. Ce décroché semble provenir d’un impact violent sur la façade, certainement le choc d’un, ou de plusieurs, boulets de canon.

De plus, sur le plan cadastral de 1838, on constate, à gauche de cet immeuble à la façade  abîmée, qu’un espace  est vide de construction . Depuis cette date, une maison y a été bâtie   (ancienne maison B) .

Mais  le sous sol de cette maison comporte des murs  construits en belles pierres de taille, preuves de l’existence au dessus de cet espace d’une construction plus ancienne, qui ne pouvait être qu’une partie du château.

               

 

 

 

 

 

Certaines destructions faites à coups de canon

Résumons :  – le rempart Ouest a été détruit sur toute la longueur du ruisseau, environ cent cinquante mètres. Cela a pu se faire de diverses façons et en plusieurs fois.

        – par contre le Château a été détruit en deux endroits. D’une part dans sa zone Sud, près de la Tour –clocher. D’autre part dans sa partie  Nord-Ouest.

S’il est difficile de déterminer les moyens de la destruction de la partie Sud du Château, on peut par contre plus facilement donner ceux de la destruction de l‘aile Ouest.

Située en arrière du rempart, cette partie Ouest du château se trouve à plus de vingt mètres du ruisseau. Il fallait donc des moyens puissants pour atteindre cet objectif et provoquer de tels dégâts. Ce qui suppose une attaque violente par des moyens appropriés c’est-à-dire un, ou plusieurs, canon.

 Ces destructions ont eu lieu au temps des Guerres de Religion, entre 1569 et 1578.

C’est au cours de cette période des Guerres de Religion que ces destructions eurent lieu. Deux raisons permettent de l’avancer :

  – La première  parce que les textes nous confirment que St Nazaire, comme bien d’autres villages du Nord Biterrois, subit ces évènements, fut pris et repris par les protestants et les catholiques plusieurs fois entre 1569 et 1578. Par contre  après cette date, on ne trouve plus trace de St Nazaire dans les textes.

–  La seconde raison est inscrite sur les murs des maisons reconstruites plus tard aux mêmes emplacements, sur les bords du ruisseau, où les arrières de ces immeubles  servirent de rempart. C’est ainsi que dans la rue de la Garenque, sur laquelle elles s’ouvrent, au moins trois d’entre  elles indiquent la date de leur construction. 

– La plus ancienne est datée de 1620 et porte le nom de son fondateur D. LACAZE, un riche propriétaire, qualifié de Me (Maître) dans un acte notarié.

– Un peu plus loin, toujours dans la même rue et donnant sur le ruisseau comme celle de Lacaze, une autre belle demeure  porte la date 1637 et les initiales B.M. Ce sont celles d’un de mes lointains parents Bernard Madalle, oncle d’un ancêtre. Pour la petite histoire, un acte de 1636, passé chez Me Villebrun  notaire royal de Roquebrun, nous apprend que Bernard Madalle a épousé  Marguerite Villebrun , jeune veuve de Me Lacaze, fille de Joseph Villebrun,  co-Seigneur du village. Ma famille a hérité de la maison, revendue au XIXe siècle, pas du titre nobiliaire !

– Enfin, dans la petite ruelle qui s’ouvre à gauche au début de la rue de la Garenque et descend vers le ruisseau, une autre maison porte la date de 1649 et les initiales de son propriétaire  A.F, nom d’un membre de la famille Fouilhé, vieille famille du village. Il faut noter que cette ruelle est fermée par une maison dans laquelle s’ouvre, côté ruisseau, une  « porte » ogivale, que nous appelons porte S-O. (Photo 9)

De ces observations on peut sans risque d’erreur conclure :

1°)  que ces maisons ont été construites  à partir de 1620 et dans la première moitié du XVIIe.  

2°) que le rempart Ouest, la partie  Sud et l’aile Ouest du Château,  ont été détruits  avant 1620.

  3°)  qu’après 1578, il n’y eut pas d’autre  évènement  fâcheux pour le village et que c’est donc  avant cette dernière date que les destructions eurent lieu.

St Nazaire et les guerres de religion, d’après les textes d’époque et les historiens anciens.

 

1er texte. 

En 1569 Thomas de Bonsi, futur évêque de Béziers, alors vicaire général de l’évêque de Béziers Jules de Médicis, adresse une réclamation au Roi pour obtenir un dégrèvement de la Taille . Il  écrit : « rebelles et ennemis  occupent…lieux, prieurés, abbayes…Autignac, Margon, Roujan , Laurens, St Nazaire de Ladarez…quasi tout le diocèse de Béziers. ». 

Ces « rebelles et ennemis » sont les protestants sous les ordres de Claude de Narbonne, qui ayant échoué devant Béziers conquiert les villages du Biterrois. 

Le texte ne dit pas comment s’est déroulée l’occupation de St Nazaire, dont le Seigneur est alors Gabriel de Plantavit.

 

2e texte. 

Extrait de l’Histoire du Languedoc  de Dom Devic et Dom Vaissette, parue au XVIIIe siècle.

En 1577 « Damville s’étant mis à la tête du régiment d’infanterie de Languedoc, faisant en tout cinq à six cents arquebusiers, de sa compagnie d’ordonnance de soixante chevaux et de trois compagnies de chevaux légers , prit divers lieux des diocèses de Béziers , Narbonne et St Pons, tenus par les religionnaires…

Damville commença par le siège de Thézan qu’il entreprit à la fin du mois de mai (1577). Bacon qui y commandait, l’abandonna et  prit la fuite. Il se retira à Cessenon où le maréchal l’assiégea et l’obligea à capituler. Damville assiégea ensuite Laurens, mais désespérant de forcer le baron de Faugères qui s’y était jeté, il leva le camp et s’avança vers Montpellier… »

– Il faut noter qu’en 1577 St Nazaire était occupé par les hommes de Claude de Narbonne, maître de tout le Nord-Biterrois depuis 1569.

– Il faut noter aussi que géographiquement St Nazaire se trouve situé entre Cessenon et Laurens. Damville est certainement passé par là. Il existait en effet à St Nazaire un « chemin de Bédarieux » qui passait  par Laurens…

– Il est donc très probable que, sur le chemin de Laurens, Damville a repris St Nazaire, comme d’autres lieux.

 

3e texte

Extrait des Mémoires de Jacques Gaches, protestant de Castres, plusieurs fois consul de cette ville, rédigées en 1625. Les auteurs de l’Histoire du Languedoc ont repris ce texte.

Après avoir évoqué  un fait d’armes de Bacon « le dernier de Juin (1578) Bacon prit la ville de St Chinian de la Corne, ayant rempli de poudre la muraille du côté de la rivière…»  Gaches poursuit : 

« d’autre part ceux de la Religion (c’est à dire  les protestants) des villes de Béziers, Pézenas et autres lieux, voyant l’infraction de l’Edit ( Edit de St Germain .Octobre 1577) de tous côtés, n’osant retourner chez eux, résolurent de se loger en quelque lieu entre Narbonne et Béziers et, enfin, s’emparèrent de St Nazaire, au nombre de 300 ou environ, entre  lesquels étaient les capitaines Jaile, Nauguis, Alisou, Piloty, Matelet et autres qui se firent tant craindre des catholiques, qu’ils travaillèrent par le moyen du Baron du Pujol, à les surprendre, comme ils firent en corrompant certains soldats de la garnison qui leur tinrent la main un jour que ces braves étaient montés à cheval au nombre de 30 bien armés. Comme le capitaine Nauguis dînait, ils surprirent la porte, faisant main basse sur tout, à la réserve de Nauguis qu’ils menèrent au Maréchal à Pézenas qui lui fit trancher la tête ; nonobstant la protestation que ces braves avaient mandé à Pujol et Connas que le même traitement qu’il recevrait serait fait à tous leurs prisonniers. Ce qui les irrita si fort que, quelques jours après ayant fait une embuscade au frère de Pujol ils le poignardèrent sans quartier, ce qui étonna le Maréchal qui appointa avec eux et en reçut de grands services à la seconde union qu’il fit avec ceux de la religion… »

Il faut expliciter plusieurs points de ce récit :

–  Gaches  à propos de St Nazaire ne cite pas le nom de Bacon dont par ailleurs il évoque d’autres faits d’armes au cours de l’année 1578 et après. Il place  cette prise de St Nazaire  après la prise de St Chinian, datée en Juin, et presque dans le même temps, comme l’indique le « d’autre part… ».

– Le Maréchal dont il est fait mention est bien évidemment Damville qui séjourne  avec sa femme et sa famille à Pézenas, au plus près des  Etats de Languedoc.

– D’après E.Segui. auteur de Faugères en Biterrois,  quelques temps plus tard, un frère d’ Olivier de Thézan  Baron du Poujol, prénommé Jean Jacques, fut assassiné par les protestants.

– Parmi les capitaines cités, Matelet est connu pour avoir avec les protestants de Béziers, en août 1575,  tendu une embuscade à la garnison au lieu dit Garissou où ce fut un carnage. – Quant au capitaine Nauguis, s’il eut un traitement spécial, amené au Maréchal et aussitôt exécuté, c’est parce qu’il était certainement ce capitaine Nouguier qui se trouvait avec Claude de Narbonne à Lunas en Février lorsque Claude fut tué. 

– Faire « main basse sur tout » signifie qu’on a pris tout le butin possible et tué ceux  qui se trouvaient là. En ce milieu du XVIe siècle, les guerres sont devenues plus « brutales » tant pour les soldats que pour les civils. La prise d’une place, ville ou village, donne lieu au pillage et à l’extermination des populations. La mise à sac est la punition des places qui ne se sont pas rendues assez vite ; c’est aussi la conséquence de l’indiscipline des soldats qui veulent s’emparer  du butin à tout prix. Quant en plus de ces raisons, la haine de l’ennemi parce qu’il est catholique ou protestant vient amplifier la fureur, on assiste aux pires excès, comme le montre la prise de Lodève en 1575.

Le saccage de St Nazaire suivit, n’en doutons pas, la chute du Château.

 

4e texte.

Récit de la prise de St Nazaire dans l’Histoire du Languedoc de Dom Devic et Dom Vaissette : « Ceux de Béziers, Pézenas, Carcassonne, Castelnaudary et autres lieux qui avaient servi sous Châtillon, et à qui Damville ne voulut pas permettre après l’Edit de retourner dans ces villes s’étant unis au nombre de 3 à 400 s’emparèrent de Brugairolles (dans l’Aude près de Castelnaudary) et du château de St Nazaire au diocèse de Narbonne d’où ils portèrent la terreur dans tous les environs et ils battirent en plusieurs rencontres les compagnies de Damville et Cornusson ; mais peu de temps après le Baron de Pujol ayant appris qu’une partie de ces brigands était allée en courses rassembla quelques catholiques et étant entré dans St Nazaire fit main basse sur tous ceux qui étaient restés et emmena à Pézenas un de leurs chefs à qui le maréchal de Damville fit couper la tête. »

Il faut noter :

– que ce récit emprunte l’essentiel à celui, plus détaillé, de J.Gaches, y compris la phrase significative « fit main basse sur tous », et la décapitation d’un des chefs Protestants.

– qu’il en diffère sur l’origine  des participants  (ajouts de Carcassonne et Castelnaudary) et sur leurs motivations.

– qu’il précise ce que sont les « courses»  signalées par Gaches : ce sont de rapides expéditions militaires  contre des places, ou des troupes, catholiques.

  –  que la grande différence avec le récit de Gaches réside dans la localisation du château de St Nazaire, que Devic et Vaissette situent dans le diocèse de Narbonne, et qui serait donc l’actuel St Nazaire d’Aude. C’est une erreur de localisation géographique.

 On trouve une erreur identique, à un autre endroit, chez ces mêmes auteurs.  Ainsi  Devic et Vaissette ont repris à Gaches  le récit de la tentative, en septembre 1575 du Baron de Rieux pour reprendre Pierrerue à Bacon. Ne connaissant pas la région, ni le village de Pierrerue, et ayant mal lu le texte original  de Gaches, ces auteurs  ont écrit Peyrens (village actuel du département de l’Aude) à la place de Pierrerue !  et pour faire bonne mesure, ils ont ajouté un élément de localisation et ont écrit « Peyrens en Lauraguais » !

En ce qui concerne St Nazaire, on peut penser que Devic et Vaissette connaissaient mieux la région narbonnaise que le Nord Biterrois et que de ce fait ils ne savaient pas qu’il existait un St Nazaire de Ladarez, de même qu’ils ignoraient l’existence de Pierrerue, pourtant d’une plus grande notoriété grâce à Bacon. Par contre ils savaient qu’il existait un St Nazaire  dans la région narbonnaise. Ils y ont donc placé le château et ont aussitôt ajouté, comme pour Peyrens, un élément de localisation ce qui a donné :  « St Nazaire au diocèse de Narbonne ». 

A l’inverse Gaches, résidant à Castres, connait cette région du Nord Biterrois et les villages proches de Faugères que Claude de Narbonne, dont il conte les faits d’armes, a occupés. Il n’a pas jugé utile de préciser quel était ce St Nazaire puisque, à sa connaissance, il n’y en avait qu’un dans les environs de Faugères.

– Enfin l’argument ultime qui plaide pour la localisation dans le Nord Biterrois de ce St Nazaire, est l’intervention du Baron du Poujol.

Olivier de Thézan est Seigneur du Poujol mais aussi de Mourcairol, village limitrophe de St Nazaire, il est donc directement intéressé par ce qui ce passe dans ce village voisin. Tant Gaches que Devic-Vaissette rapportent que Poujol intervient après avoir eu un renseignement lui indiquant une moindre vigilance des occupants du château. Les uns sont partis à l’extérieur et celui qui reste ne se méfie pas ( il est à table ! ) .Voisin immédiat de St Nazaire, Olivier de Thézan peut en profiter et intervenir rapidement. Comment aurait-il eu l’information et comment aurait-il pu en profiter aussi vite, s’il s’était agi de St Nazaire d’Aude, distant de plusieurs dizaines de lieues ? 

 

 

Document cadastral intéressant.

Sur le cadastre  actuel de St Nazaire, comme sur le précédent cadastre de 1838 dit « napoléonien », existe un lieu dit appelé « La Bataille ». Déjà sur le Compoix de 1683, des parcelles répertoriées se trouvent sur ce tènement pareillement dénommé. Un Henry Madailhe possède «une vigne, champ,herme à la Batalhe », la vigne contient  34 ares, le champ 5 ares 50.

Or ce tènement de La Bataille se trouve à proximité de l’intersection de deux vieux chemins, celui qui conduisait à Bédarieux et celui qui conduisait à Villemagne l’Argentière, village proche du Poujol. 

Cette Bataille, si bataille il y eût, n’était-elle pas un affrontement entre les protestants  et les catholiques ? A quelle date ? Qui commandait de part et d’autre ? Autant de questions qui restent sans réponses mais que l’on peut poser…

Autre élément troublant, à l’intersection de ces deux chemins, celui de Bédarieux et celui de Villemagne, qui se joignent au col dominant à l’Est le village, le lieu se nomme « La Croix de Barrac ». De même que pour le tènement de La Bataille, ce nom figure sur le compoix de 1683 et sur le cadastre de 1838. Antoine Calmette, en 1683, possède « Olivette et champ à la crouz de Barrac », l’olivette contient  20 ares et le champ  9 ares.

On ignore quand cette Croix a été élevée. Mais le nom du lieu indique bien qu’une  Croix, symbole chrétien par excellence, y fut élevée avant ou pendant le XVIIe siècle.

En l’absence d’autre élément de datation que le compoix de 1683, il faut rester prudent. Mais on peut poser des questions. Pourquoi cette Croix en ce lieu? N’est ce pas pour commémorer un combat fratricide entre catholiques et protestants qui y auraient péri et honorer la mémoire de ces morts, tous chrétiens? Le débat est ouvert…

Les responsables du saccage de St Nazaire ? Bacon ou quelqu’un d’autre ?

Des divers textes cités plus haut, on peut sans risque d’erreurs concevoir qu’entre 1569  et 1578, le village de St Nazaire a été pris et repris au moins quatre fois. Possession de Gabriel de Plantavit, le village est pris en 1569 par les Protestants, repris en 1577 par les Catholiques, pris à nouveau en 1578 par les Protestants, chassés à leur tour, la même année, par les Catholiques. 

Ces combats ont laissé, nous l’avons écrit plus haut, d’énormes destructions, un vrai saccage du Château et la démolition du rempart Ouest. Si les traces du sac du village sont encore visibles, rien n’est dit de ce qu’endura la population. Mais le sort réservé à un Capitaine Protestant, exécution immédiate par décapitation, et l’expression « main basse sur tout » montrent que violence et terreur durent frapper aussi bien les soldats que les civils, comme il était alors de coutume.

De plus, les textes ne disent presque rien de la façon dont se déroulèrent les prises du village. En m’appuyant sur la géographie des lieux et en réfléchissant aux possibilités offertes aux assaillants, j’ai reconstitué le déroulement des faits. Ce n’est plus tout à fait de l’histoire, c’est de l’interprétation historique…. Qu’on ne m’en veuille pas !

 

Claude de Narbonne s’empare de St Nazaire en 1569. Destruction du Vieux Château.

Fig.2

En 1569, après l’échec devant Béziers, Claude de Narbonne s’empare des villages du Nord Biterrois et investit très certainement St Nazaire. La suite des évènements et les succès de Claude de Narbonne pendant la période 1569- 1576  indiquent que le village tombe et reste aux mains des Protestants pendant tout ce temps. 

Imaginons comment se sont déroulés les évènements en nous appuyant sur la situation du village et la topographie des lieux. 

Venant de l’Est, de Faugères , par le chemin de Bédarieux, Claude est arrivé  près de la porte Est de St Nazaire. Du récit des diverses attaques de Claude contre des villes ou villages bien défendus par des remparts ( ce qui était le cas de St Nazaire), par exemple lors de la prise de Bédarieux ou de la prise de Lodève, nous apprenons que le Baron de Faugères utilise des complicités dans la place pour faire ouvrir les portes. Est-ce que ce fut le cas à St Nazaire ? En tout cas, de cette façon ou d’une autre, le premier obstacle fut franchi.

La porte franchie, Claude et ses hommes se dirigent tout naturellement vers la partie la plus proche du Château mais aussi, à priori,  la mieux gardée, la Tour et la porte du Château. Depuis le XIIe siècle la Tour appartient à l’abbaye de St Chinian, on peut supposer qu’il y a une garnison mais qui la commande ? Le Château appartient à Gabriel de Plantavit, qui réside rarement à St Nazaire délaissé au profit de Margon. Le Seigneur est-il là à ce moment crucial ? On peut en douter, Gabriel étant certainement plus soucieux de Margon que Claude a aussi occupé à la même époque.

Y eut-il une résistance sévère des défenseurs de la Tour et du Château ou bien l’absence de coordination entre défenseurs de la Tour et du Château a-elle facilité le succès de Claude ? On ne sait.

Quoiqu’il en soit, on peut imaginer que Claude, homme de guerre de son temps, une fois dans la place, comme il le fit par ailleurs, livra le Château, et le village, au pillage. Cette partie au Sud du château, appelée plus tard Château Vieux, fut détruite. Comment ? Nul indice matériel ne permet de le savoir. On peut imaginer que Claude utilisa l’explosion par la poudre, procédé courant alors, destruction par « pétards », comme l’écrivent pour d’autres lieux Devic et Vaissette.

En tout cas en 1683, cette partie est démolie  comme en témoigne la description portée sur le compoix sur lequel on peut lire : possession du Seigneur Jean de Sartre « un sol de vieux château démoli dans lequel a un vestige de vieille tour… »

 

Damville prend St Nazaire en 1577. Rempart et aile Ouest du Château détruits.

 

 Au début de 1577, la guerre reprend. Le protestant  François de Coligny, duc de Châtillon, s’empare de  Montpellier. Damville, gouverneur du Languedoc, obéissant aux ordres du Roi, se rapproche du Duc de Joyeuse et des catholiques Ligueurs. Il se donne pour mission de reprendre Montpellier et de faire « rendre gorge à ce voleur de Bacon ».

Damville a avec lui le régiment du Languedoc comprenant  plusieurs centaines d’arquebusiers,  trois compagnies de chevaux légers et sa compagnie d’ordonnance de soixante chevaux. Cette armée possède aussi une artillerie lourde, avec canons et couleuvrines, comme l’indique Mr Guiraud  (Le Poujol sur Orb. Histoire et Images.) : «  En 1580 trois cent coups de canons sont tirés sur Villemagne…C’est le duc de Montmorency qui tente de reprendre la place la plus forte aux protestants, avec sa redoutable armée de 5000 hommes de pied, ses 400 cavaliers, ses quatre canons et deux couleuvrines. » 

Au printemps  Damville déloge Bacon du village de Thézan, puis l’oblige à capituler à Cessenon. C’est alors que, se dirigeant vers Laurens où Claude de Narbonne  s’est retranché, Damville passerait par St Nazaire tenu par les Protestants depuis 1569 et s’en emparerait courant Mai – Juin. Seul en effet Damville possédait l’artillerie lourde permettant d’attaquer les remparts et le Château. C’est, à mon sens, la preuve  de son intervention.

Venant de Cessenon, Damville est arrivé par l’Ouest et a attaqué les remparts de ce côté-là. Placés sur les hauteurs de la rive droite de la Vernède, canons et couleuvrines, dont la portée est d’environ cent mètres, ont facilement atteint les murailles et au-delà le Château lui-même. C’est l’aile Ouest du Château qui fut touchée et une partie totalement détruite. La prise du village ne fut certainement qu’une formalité pour l’imposante armée du Maréchal d’autant que Claude de Narbonne avait placé l’essentiel de ses troupes à Laurens, dont la situation près de Faugères et sur la route de Pétafy était bien plus stratégique que celle de St Nazaire. Le Maréchal ne s’attarda pas à St Nazaire et alla mettre le siège devant Laurens.

Quoiqu’il en soit c’est à ce moment et par les canons de Damville que les plus importantes destructions touchèrent le village.

 

Prise et reprise de St Nazaire en 1578.

 

Au printemps 1578, le village est donc à nouveau aux mains des Catholiques et de Gabriel de Plantavit. 

 

Bacon a été cité…

Ce serait, d’après des historiens modernes, à ce moment là, en Mai 1578, que Bacon aurait pris et saccagé le village.  Aucun texte d’époque n’y fait allusion. Gaches  écrit : «  Le capitaine Bacon se saisit par escalade de Thézan le 5 mai (1578)…puis plus loin « Bacon prit le dernier de Juin (1578) la ville de St Chinian de la Corne ayant rempli de poudre la muraille du côté de la rivière en fit sauter un grand pan… » et il poursuit  par le récit de la prise de St Nazaire par « ceux de la religion des villes de Béziers, Pézenas et autres lieux… » Il est permis de penser que si Bacon avait effectivement pris St Nazaire, Gaches l’aurait mentionné.

Cependant des historiens, notamment Mme Bellaud-Dessales dans Les évêques italiens de Béziers. et l’abbé Segondy  dans Le capitaine Bacon. Cahiers de St Pons.  ont attribué à Bacon la prise et le saccage de St Nazaire de Ladarez en Mai 1578. Ils citent comme source un article de Nouguier paru en 1885 dans le Bulletin de la Sté Scientifique et Archéologique de Béziers T.XIII. J’ai dans mon livre sur  St Nazaire (St Nazaire de Ladarez.2007) suivi aveuglément leur trace. On ne prête qu’aux riches, et en l’occurrence  à Bacon !

Depuis j’ai pu accéder audit article de Nouguier. Or, surprise, cet article est le compte rendu du livre d’un certain Jules Sautriot  Histoire du Protestantisme et prise de Montagnac paru en 1884 !  Nouguier se contente de rapporter ce qu’a écrit Sautriot « en mai 1578 à la tête de 300 forcenés il ( Bacon) met à sac Thézan et St Nazaire de Ladarez »

 Malgré des recherches très approfondies, depuis Montagnac jusqu’à la BNF en passant par de nombreuses bibliothèques protestantes, je n’ai pu retrouver le livre de Sautriot. Je ne sais donc pas où Sautriot a puisé cette information qui ne se trouve ni dans le récit de Gaches ni dans l’Histoire du Languedoc. Par contre il semble que Sautriot s’inspire de ces récits, puisque à  ce qu’en écrit Nouguier, il reprend ce chiffre de « 300 », qualifiant  ces protestants de « forcenés », chiffre initialement  fourni par Gaches qui ne les qualifie nullement ni de forcenés ni d’autres adjectifs.

Mais on ne peut exclure que Bacon ne se soit intéressé à St Nazaire. On sait que, bien installé à Pierrerue, il a lancé des coups de main vers les villages d’alentour. La question est de savoir s’il a franchi l’Orb et s’il est venu sur ce qui était la zone d’influence de Claude de Narbonne ? 

Notons cependant dans le récit de Gaches que Bacon semble ne pas posséder d’artillerie lourde. Il fait sauter la muraille de Cessenon par explosion de poudre. Ce ne pourrait pas  être celui qui a bombardé le Château.

Il serait possible que Bacon ait investi St Nazaire en ce printemps. Venant de Thézan il aurait cependant dû faire un long détour avant d’aller attaquer St Chinian. Il aurait aussi profité de la mort de Claude de Narbonne  qui a laissé le champ libre dans ce secteur. Mais si l’on admet que Bacon occupe le village on comprend mal pourquoi Gaches écrit que des Protestants, en nombre imposant et très certainement en armes, « s’emparèrent de St Nazaire … et se firent tant craindre des catholiques ». Pour Gaches cette troupe protestante pénètre en pays ennemi et s’y comporte comme telle. On peut donc conclure que la prise de St Nazaire par le capitaine Bacon fait partie de la légende qui entoure le personnage.

Juin 1578. Prise et mise au pillage de St Nazaire par les Protestants.

  Comme nous l’avons fait pour Claude de Narbonne et pour Damville, essayons de reconstituer l’attaque et appuyons nous sur le texte de Gaches, qui est par son ancienneté, le plus proche de la vérité historique. 

Indiquons tout d’abord que, malgré la destruction du Château vieux et celle de l’aile Ouest, le Château peut encore accueillir les capitaines et des soldats dans l’aile Est, où existe encore de nos jours une grande salle, et dans la partie la plus récente fermant au Nord l’ensemble castral appelée « la Salle » Photos 10 – 11 – 12

En Juin 1578, une troupe de soldats protestants « démobilisés », peu désireux de revenir chez eux après l’Edit de Poitiers (c’est l’éternel problème des anciens combattants, plus ou moins bien accueillis chez eux lorsqu’ils sont démobilisés et oh combien ! d’actualité en 2018) cherche un refuge. Beaucoup de ces soldats connaissent bien la région (ils sont de Béziers et de Pézenas) et de plus il y a, à leur tête, des capitaines qui y ont guerroyé, notamment  Matelet de Béziers, Nauguis ou Noguiers, ancien compagnon de Claude de Narbonne. Tous savent aussi que l’année précédente les troupes de Damville ont fragilisé les défenses de St Nazaire. C’est donc vers là qu’ils se dirigent. 

Cette troupe, par sa nature même, ne peut pas posséder de canons ou de couleuvrine, trop difficiles à faire suivre dans ces conditions de vagabondage. Les soldats possèdent leurs armes et des chevaux et certainement de la poudre qui peut servir à faire sauter des obstacles. Venant de la plaine biterroise, ils arrivent par l’Ouest et rentrent dans le village soit par les brèches provoquées par les canons de Damville, soit en faisant sauter  ce qui reste des remparts ou des portes, notamment la porte Sud-Ouest. Les derniers tronçons du rempart Ouest furent probablement emportés à ce moment là.

Une fois dans la place, il faut nourrir et loger 300 soldats. C’est beaucoup pour une population qui devait se situer entre 200 et 300 habitants ! Les soldats ont du s’emparer des provisions et des réserves de la population. On comprend mieux pourquoi ces soldats « se faisaient tant craindre ». Les habitants ont subi une pression quotidienne et assisté, impuissants, au pillage de toutes leurs ressources.

Juin-Juilet 1578. Reprise de St Nazaire par le Baron du Poujol qui fait « main basse sur tout ».

Quelques temps plus tard, les sources historiques citées ne précisent pas la date exacte, Olivier de Thézan est averti de défaillances dans la défense du village. Un, ou plusieurs, habitant l’informe qu’ un groupe de 30 soldats est parti « en course » à l’extérieur .  Ces expéditions militaires semblent fréquentes ; elles fragilisent en tout cas la garnison. Seule une partie de la garnison  assure la garde et semble ne rien craindre puisque le capitaine restant ne se méfie pas, comme le suggère Gaches. Nauguis, ou Nouguiers, est en train de diner au moment de l’attaque.

Imaginons encore une fois l’attaque des Catholiques.Le Baron de Thézan est certainement entré par le Nord du village, au débouché du chemin du Poujol, ancienne voie romaine. Guidé par des sympathisants catholiques, il a pu se diriger discrètement vers le Château. Il est arrivé devant la Salle, où devaient se tenir  autour de Nauguis, les « gradés » les plus importants.

La surprise fut totale et Olivier de Thézan fit exterminer toute la garnison. Le seul qui eut, sur le moment, la vie sauve fut Nauguis qu’on emmena à Pézenas où séjournait le Maréchal de Damville, avec femmes et enfants. Damville fit exécuter Nauguis sur le champ, sans autre forme de procès. Cette justice expéditive, outre quelle était dans les mœurs du temps pour un ennemi pris les armes à la main, peut s’expliquer par la personnalité de Nauguis. Ce capitaine est très certainement ce Noguiers, capitaine très proche du Baron de Faugères avec qui il se trouvait lorsque Claude fut assassiné à Lunas. A travers lui, Damville mettait symboliquement à mort une deuxième fois le Baron de Faugères, dont il connaissait la réputation depuis la prise de Lodève et les exactions qui l’avaient suivie.

Après cet épisode, St Nazaire fut rendu aux catholiques et à Gabriel de Plantavit.

 

La reconstruction du village.

 

Après 1578, les textes n’évoquent plus  le village, d’autant que les guerres se poursuivent sur d’autres lieux, notamment dans la région de Montpellier et plus tard dans les Cévennes plus à l’Est.

Le seul document que nous ayons retrouvé et qui date de cette période est un acte notarié de 1591 passé chez Me Palier, notaire royal à Cessenon. La Communauté a  emprunté 304 livres pour subvenir aux frais d’une compagnie du Régiment du Duc de Montmorency et 47 habitants ont donné leur caution. Cette somme, assez importante, exigée de la Communauté indique que la population du Languedoc doit participer, à sa façon, aux guerres qui se poursuivent. Elle montre aussi que, malgré les exactions subies quelques années plus tôt, la vie a repris son cours au village et que certains habitants sont assez « riches » pour être pris comme cautions.

Au début XVIIe siècle, le village se reconstruit.

Nous l’avons indiqué plus haut, vers les années 1620, la partie Ouest, en bordure du ruisseau de la Vernède, est reconstruite. Les maisons nouvelles ouvrent sur la rue de la Garenque et leurs arrières épousent, en gros, la forme des remparts détruits.

On peut toujours y  observer, au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, deux ouvertures de forme ogivale qui y rappellent les anciennes portes d’avant la destruction des remparts. A-t-on continué à les utiliser jusqu’à la construction du Pont del Cantou ? C’est possible ce qui expliquerait la dénomination de ce Pont del Cantou, Pont du Coin. De quel coin s’agit-il ? c’est celui que formait la partie Sud-Ouest du village lorsqu’ on utilisait la porte « ogivale ».

Sur la partie détruite de l’aile Ouest du Château, la maison B fut construite dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Mais, heureusement, on en conserva dans la cave les anciens vestiges.

Quant à la partie appelée Vieux Château, elle fut très tôt, avant la révolution de 1789, fragmentée en habitations privées et n’en restent que la Tour – clocher, devenue propriété de la Communauté, et des traces d’opus spicatum près de l’ancienne porte.

 

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le village s’agrandit

Grâce à la prospérité née de l’essor de la viticulture, après 1850, St Nazaire se dota à l’Est de nouveaux quartiers, ce sont les rues dites du Champ.

A l’Ouest, une nouvelle Eglise fut construite entre la rive gauche du ruisseau de Vanière et la rive droite du ruisseau de la Vernède, et toute cette partie fut urbanisée. Avec la couverture du ruisseau devant l’Eglise, le village prit avant 1930 son aspect actuel.

 

 Bibliographie

Sources :  – Mémoires de J.Gaches sur les guerres de Religion à Castres et dans le Languedoc 

    Publiées par Charles Pradel. 1879

  –  Histoire du Languedoc. Dom Devic . Dom Vaissette.  TIX. Ed.1994. Lacour. Nîmes

 

Sur le Baron de Faugères : E.Ségui . Faugères en Biterrois. 1933

 

Sur Bacon : Abbé Segondy. Cahiers de St Pons. 1947. N°9

 

Sur le Baron du Poujol : R.Guiraud. Le Poujol sur Orb. Histoire et Images. 1993